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Un peu d'Histoire

Bruno Grelon, « Cours de char à voile », éditions De Vecchi

L'utilisation du vent comme force de propulsion terrestre remonte à plusieurs millénaires. Les égyptiens furent, semble-t-il, les premiers à tenter d'appliquer ce principe à leurs chars. On parle du pharaon Amenemhatt II de la XII ème dynastie (environ 2 000 av.J-C) comme utilisateur de « char à vent ». Les romains firent également quelques investigations sur ce moyen de locomotion peu courant. En 405 av.J-C., Flavius vegetius décrit, dans un ouvrage intitulé Epitoma rei militaris, un char tracté par le vent.

En Chine, on sait également se servir du vent comme élément de poussée depuis bien longtemps. Preuves en sont les « brouettes à voile », qui auraient été utilisées pour la construction de la muraille de Chine, vers 247 av.J-C. Le Chin Lou Tzu ( Livre du Maître de la Salle d'Or) écrit par l'empereur Liang Yuan Ti (né en 508), raconte que « Kaotschang WuShu réussit à construire un char à vent qui était capable de transporter trente hommes sur plusieurs centaines de kilomètres en une journée ». On a même trouvé une illustration de char à voile que les spécialistes datent de l'époque Sung (XI ème siècle).
En Europe, les archives sont muettes pendant plusieurs siècles, jusqu'à 1543, date à laquelle on apprend qu'un certain Johan Friedrich a essayé un « véhicule terrestre à voile ». Cela se passait en Saxe, à Torgau.

Le char de Thévenin

Mais l'exploit le plus célèbre, qui est resté dans les mémoires notamment grâce à une gravure riche d'informations précieuses, est celui du mathématicien Simon Thévenin, né à Bruges en 1548. Cet ingénieur des digues, aux ordres du prince d'Orange, le comte Maurice de Nassau, commandant en chef des armées des Provinces-Unies et amiral de la mer, voulut lui offrir une agréable distraction « pour adoucir les fatigues des grandes et lourdes tâches précédentes ».

Le chroniqueur poursuit : « Simon Thévenin fit construire un char à voile de façon merveilleuse, où lui et les Grands de la Cour se divertissaient parfois. Si vous en observez les roues et les essieux, c'est un chariot, mais si vous observez la barre du gouvernail et les voiles et si vous remarquez que le vent le fait avancer, vous l'appellerez un navire. Pour avoir réuni ces choses-là, on doit l'appeler un bateau avec des roues ou un char à voile » (c'est un texte flamand accompagnant une gravure du char de Thévenin exposée au musée de Newport et cité par Willy Coppens dans son livre Chars à voile).

Et l'auteur de citer les 28 personnes qui montèrent sur ce char à voile, et parmi eux les ambassadeurs de l'Empereur, des grands seigneurs de France, d'Angleterre, du Danemark et même un illustre prisonnier, l'amiral don Francisco de Mendoza, fait prisonnier lors de la bataille des Flandres.
L'engin devait parcourir une distance estimée à 75 kilomètres en moins de deux heures, soit 37 km/h.
Mais selon Jean de la Varende, qui reconstitua un modèle réduit de ce « char volant », l'original atteignit en réalité les 60 km/h et les essieux s'enflammèrent.

L'éolienne du Français Hacquet

Tout cela ne restait qu'un simple jeu auquel s'essayèrent encore bien des inventeur au cours des siècles suivants. Ainsi l'histoire nous a conservé notamment les noms de l'anglais Thomas Wildgoose (1620), de l'évêque Wilkins de Londres Duquet, à Paris (1714) et de l'espagnol José Boscassa, à Valence (1802). L'expérience la plus intéressante eut lieu le 28 septembre 1834, lorsque le français Hacquet se mit à circuler sans difficultés en plein Paris avec son « éolienne ». Cette impressionnante machine était une sorte de gigantesque carrosse à voile surmonté de plusieurs mâts culminant à 13 mètres de haut : « Partie de l'Ecole militaire, l'Eolienne prit un vent du sud-ouest et franchit le pont d'Iéna, suivit les quais avec le même vent, s'arrêta place Louis XI sous les acclamations de nombreux spectateurs et revint à son point de départ malgré un vent contraire ».

Le principe traverse alors l'Atlantique.
A la même époque, on retrouve trace de telles expérimentations sur les rails. Des sailing cars roulent sur les lignes des South Carolina Railroads et de la Baltimore et Ohio Line. A bord de l' « Eolus », la machine construite par cette dernière, est monté le baron Krudener, l'ambassadeur de Russie à Washington. Très impressionné par cette démonstration, il en fait aussitôt construire une copie pour la présenter au tsar. Sur la ligne Kansas-Pacifique, un ingénieur du chemin de fer, C.J. Boscom, atteint, en 1878, avec son wagon à voile, la vitesse de 64 km/h

Pour la fin du siècle dernier, le travail documentaire de Jean Leye dans « L'Aventure du char à voile » nous offre quelques références supplémentaires. Il montre qu »en 1897, en Australie, dans la région du Lake Lefroy, on utilisait des chars à voile comme moyen de déplacement et de transport du matériel. Une photographie montre celui des frères Sorensen, deux forgerons d'origine scandinave transportant du matériel pour les chercheurs d'or.

Les frères Dumont

Retour à l'Europe où Jean Leye a retrouvé la photo du premier char à voile construit par André Dumont, en 1898, fixant ainsi la naissance de ce sport. « On admet généralement, commente Leye, que la construction du premier char à voile, par André Dumont, marque le début du char à voile comme sport. L'année suivante, le frère d'André, François, en construit un deuxième. Un char à voile, qui est un peu plus léger et un peu plus rapide. » Dans son remarquable ouvrage qui regroupe les documents de plusieurs collectionneurs, on note qu'à partir de 1905 les premiers chars à voile apparaissent sur les plages de Hardelot, Berck et le Touquet. Un peu plus tard, les frères Dumont essayent sur la plage de La Panne, en Belgique, un char à voile de leur fabrication : c'était un chariot muni d'une voile dite : « à livarde » (forme de la voile triangulaire attachée à un mât en V) et de roues en bois plein. En raison du poids, il leur est impossible de remonter au vent. Plus tard, ils tenteront alors d'utiliser des roues à bandages avant de choisir celles d'un pousse-pousse.
En 1907, Willy Coppens, futur grand aviateur (as de la Première Guerre mondiale) et « char-à-voiliste », n'est encore qu'un enfant. En vacances à la Panne, il construit, sans du reste connaître les frères Dumont, son propre char monté sur pneus et doté d'une voile « houari » (forme de voile) et de 5m².

A St Georges de Didonne, sur la côte atlantique, les jeux sont les mêmes qu'ailleurs. En 1908, Henri Camus, âgé de treize ans, décide avec l'un de ses camarades d'utiliser les roues de leurs deux bicyclettes pour les fixer sur un engin rudimentaire constitué d'un châssis long de quatre mètres sur cinquante centimètres de large, doté d'un mât de deux mètres et, pour voile la toile de la tente de plage familiale. Les changements de direction sont limités et s'effectuent avec une perche ; quant aux demi-tours, ils se font à la main. L'ire paternelle contre l'utilisation abusive des bicyclettes mettra pourtant rapidement fin à une vocation prématurée d'aéroplagistes.